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 Mine

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Le Capitaine Crochet
Fairy tales are more than true:
Peter Pan Dans les entrailles du Jolly Roger. Esthète, propriétaire de musée, collectionneur de bizarreries, gérant de cabinets de curiosités. © : Belle Wendy
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MessageSujet: Mine   Jeu 11 Jan - 23:30

I’ll be coming home just to be alone
Three Days Grace → Home ) •••
Elle est là. Enfin. Sa silhouette svelte abandonnée aux vagues. Les flots viennent la grignoter, mordillant ses cuisses puis sa taille. Ses cheveux blonds flottent entre ses omoplates, glissant sur une peau pâle. L’eau embrasse le tissu de sa robe. Blanc devenu transparent. Le vêtement disparait, laisse entrapercevoir un dos lisse et droit. Elle est à lui. Cette fois, elle ne s’envolera pas. Cette fois, elle ne disparaîtra pas. Cette fois, elle est à lui.

Dans sa hâte, son crochet arrache sa chemise. Le souffle de Zéphyr parcoure son torse, glisse parmi les quelques poils perdus entre deux pectoraux. Sa main valide défait le bouton de son pantalon. Il la veut. Il l’aura. Le Crochet en perd pied. Il en tremble d’excitation. Le tissu chute. Le Capitaine se rue vers les flots. Vers elle. L’a-t-elle entendu ? Le hurlement des vagues s’échouant sur le sable couvre le bruit de ses pas. Un grognement bestial lui échappe. Il s’imagine déjà la serrer dans ses bras. Déchirer du bout de son crochet, cette robe si légère. Son corps se tend. Il grogne davantage. Ses chevilles s’immergent.

Ses pas sont rapides. La distance se réduit. Bientôt, il la touchera. Bientôt, il la capturera entre ses bras. D’abord, il pressera son corps tendre et frêle contre le sien. D’une étreinte douce, pure. Presque aussi pure qu’elle. Ensuite, Crochet libèrera la bête. L’homme en frémit. Il attend cet instant depuis si longtemps. Elle l’obsède. La nuit quand ses paupières se ferment, c’est elle qu’il voit. Elle et son sourire angélique. Elle et son corps fluet qui s’envole dans les airs si facilement. Wendy.

Mais quelque chose cloche. Wendy est immobile. Petite statue percutée par les vagues. Peu à peu, Crochet ralentit. Autour d’elle, comme un halo. Le plus hideux des halos. Un cercle pourpre, souillant le bleu de l’océan. Un instant, il s’arrête. Pensif, il regarde la jeune fille. Elle saigne. Ses poignets saignent. Et puis, elle disparait. Son corps chute et elle sombre. Neptune vient de la gober. Crochet plonge. Elle est à lui et à personne d’autre. Il ne la partagera pas avec la Faucheuse. Il ne la livrera pas à un océan capricieux.

Ses bras l’atteignent enfin, sa paume valide attrape un avant-bras fragile. Crochet la tire vers lui. Un instant, la silhouette de Wendy vient se lover contre la sienne. Leurs jambes s’emmêlent, un bras de l’homme s’enroule autour de la taille de la belle. Dans un mouvement innocent, la cuisse de la jeune fille l’effleure. L’effleure là où il rêve d’être effleuré par elle depuis si longtemps. Une lueur animale traverse son regard. Crochet veut la dévorer. Là. Tout de suite. Se jeter sur elle, s’enliser en elle. Tout son corps tremble à nouveau.

Et puis, il réalise. Il réalise qu’il peut la prendre. Là, tout de suite. Il obtiendra alors ce qu’il a toujours voulu, ce qu’il lui a toujours manqué. Mais s’il le fait, alors ça sera la dernière fois. Ses poumons sont sûrement déjà secs à cet instant. Alors Crochet renonce. Ses jambes battent l’océan, son bras presse Wendy tout contre lui.

Trempés, gelés, ils émergent. Crochet traîne ce corps inerte jusqu’à la plage. Un instant, il se perd dans la contemplation de son visage candide. Ses paupières si élégamment closes. Ses lèvres si joliment fermées. Elle n’est que beauté. Elle est belle. Belle à l’en rendre ivre. Sa main caresse tendrement sa joue. « Non. Tu ne mourras pas aujourd’hui belle Wendy ».

Ses genoux s’enfoncent dans le sable, son crochet déchire les restes de sa chemise. Maladroitement, il serre les bandages improvisés autour des plaies ouvertes. Quelques filets vermeils coulent encore sur la plage. Bientôt pourtant, tout prend fin. Elle cesse de se déverser sur le sable. Crochet la soulève, la dépose paisiblement contre son torse. Un bras autour de ses épaules, l’homme nu se répète : « Tu ne mourras pas aujourd’hui, Wendy Darling ». Pacte scellé.
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Wendy
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Conteuse d'aventure, Wendy envoie valser les bonnes manières. Wendy douce, Wendy libre. Dans le froid enneigé d'une auberge protectrice. On voit parfois ses pieds gantés de roses, des arabesques mouvantes. Conteuse lorsque les lumières s'éteignent, vendeuse d'imaginaire. © : Ultraviolence. Rosie Tupper
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MessageSujet: Re: Mine   Ven 12 Jan - 15:33


- Mine -

Dans le miroir l’écho de la laideur conforte le capharnaüm des songes de la demoiselle, là, solitude éplorée dans sa chambre adorée. Elle effleure de ses phalanges gelées par la température ses mèches d’aurore qu’elle souhaiterait d’aube, puis, le regard traverse la hauteur de son corps, survole cette matière profane. Des courbes de jeune fille, une nymphe ou une sirène lui chuchote-t-on parfois, des seins masqués par les bandages, un cou que l’on tordrait d’un ravissement extatique. Wendy fouille dans son armoire, les gestes erratiques, emmêlés dans la frénésie d’un vœu mortuaire. Cette fois-ci elle réussira, personne ne l’en empêchera. Mais elle veut être élégamment parée pour offrir sa carcasse nauséabonde dans les flots tempêtueux de l’épave, cette mer rugissante, vibrante de malice, orageuse de délice. D’une robe fleurie aux lys carmin s’entortillant sur ses cuisses, l’enfant se coiffe, natte ses cheveux arides. Elle ferme la porte, coure dans l’envolée d’une Sisyphe, ce mythe du suicide réussit.  

Elle contemple les vagues sinueuses, cette douce mélodie, une berceuse de fin, un goût d’amertume mêlé au divin. Rejoindra-t-elle les anges ? Elle, qui lisait sous son amas de couettes, la lumière jaillissant des lignes, des mythes bibliques, ces merveilles de promesses, un paradis où la paix pénétrera dans le corps maladif de haine pour elle-même. Elle se fond dans les ondes satinées d’écume, repense à cette petite sirène morte pour l’amour d’un barbare et les souvenirs, stridents, sculpte encore la tristesse, l’habille de parme. Peter… Peter pourquoi ? Peter es-tu ce que tu es ? Quand je t’aimais et que je voulais ton bien, tu prenais sans rendre, m’obligeait. Et… Elle ne souhaite pas admirer dans la répulsion intime le visage barbouillé de barbe viril, ces traits séraphins. Cet homme habile d’un crochet, lui. Alors elle se détourne de son âme, prépare son esprit à s’éloigner du néant, du vain qu’elle considère comme un ennemi proche de sa méfiance envers elle-même. Wendy s’immerge tandis qu’elle déchire ses veines de satin d’un bout de miroir rutilant, d’une pointe assassine. Elle voit les rigoles d’hémoglobine s’emparer du sel de sa mer. Elle voit l’horizon d’azur, les voiles des navires pirates tremper dans la quiétude de la douceur d’une existence frivole. Elle voit la faux bercer sa vision troublée, ses paupières se ferment, violacés par les ténèbres rougis, par la noyage prémisse…

Lorsqu’une silhouette la tire, la récupère de l’ombre gourmande de la mort, Wendy ouvre une fraction de seconde ses yeux pleins de reconnaissance illusoire.
« Es-tu mon ange ? »

***

Un souffle. Un requiem. Des notes d’un piano imaginaire s’envolent dans la mélancolie de la fillette. Elle fixe le plafond de bois d’une cabine d’un bateau. L’enfant scrute, ses larmes inondant ses joues brisées par la colère. Wendy n’est pas contente, elle est même ravagée par la perte de son suicide, promesse écartée par le geste masculin propre à sauver les filles. C’est ton histoire ça, ta faiblesse de mâle dominant. C’est ton désir de pénétrer dans la vie d’autrui pour des faveurs artificielles, des caresses charnelles. C’est ta bêtise de pirate. Wendy se lève. Elle chute. Les poignets recouverts de tissus écarlates qu’elle s’empresse de défaire, pour admirer les marques de ce moment raté, gâché, anéanti par l’orgueil d’un anti-héros implacable. Les objets se déguisent dans la pénombre d’une pièce paisible, elle n’en veut pas de cette pièce. Oppressée, elle étouffe, chute de nouveau, ses genoux pliant sur les aiguilles du parquet.
« Laisse-moi partir ! »
Elle hurle son agonie lorsque celui-ci se dévoile, assis sur son fauteuil favori. En cuir évidemment.
« T’en as pas marre ? De me sauver à chaque fois ? T’en es pas lassé ? Tu t’es jamais demandé pourquoi un mort en devenir ne voulait pas être sauvé ? Ca t’a jamais effleuré ? »
Wendy oublie la politesse dans sa rage consumée, fatiguée elle tombe encore, allongée violemment dans l’espace étroit d’une nouvelle prison. En compagnie de ses songes incertains, de cette figure protectrice désirée, elle préfère crever que de lui parler ou de le côtoyer.

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Le Capitaine Crochet
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MessageSujet: Re: Mine   Ven 12 Jan - 19:37

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Durant un instant, elle émerge. Ses yeux hagards cherchent un repère. Ses lèvres crachent quelques mots. Crochet la presse contre son torse humide. Elle sombre à nouveau.

Il l’emmène car désormais, elle est à lui. Pâle silhouette étendue entre ses bras tandis qu’il avance vers son navire, prison rêvée. Le Capitaine l’étend sur un lit. Elle est si belle. Fragile poupée de porcelaine au teint livide et aux poignets souillés. Lentement, il s’étend à ses côtés. Ses lèvres viennent effleurer celles de l’endormie. Le contact reste en suspens, quasi inexistant. Ses doigts glissent le long de sa jambe, remontant encore un peu plus ce tissu humide. L’un de ses bras s’enroule autour de la taille de Wendy. Belle Wendy. Pure Wendy. Intouchable Wendy.

Gagné par une tendresse insoupçonnée, sa main longe le corps de la demoiselle. Sa paume dessine dans les airs les contours d’une créature qu’il a toujours voulu découvrir. Elle est désormais à sa merci. Elle n’ira plus nulle part. Il ne la laissera pas. Elle ne s’enfuira plus, elle ne tentera plus d'attenter à cette vie précieuse qui est sienne. Qui est-elle pour attenter à cette existence qui lui revient de droit ? Wendy est à lui. Entièrement, totalement. Et personne n’a le droit de l’en priver.

Sa paume effleure les courbes soulignées de sa poitrine. Ses doigts glissent le long de celle-ci puis, s’en empare avec douceur. Crochet exulte. Là, au creux de sa main, il peut sentir le cœur de Wendy battre. La chaleur dégagée par son sein le transporte. A nouveau, cette envie. L’envie de la dévorer. De plonger en elle et de ne plus jamais en sortir. De la détruire. Un nouveau grognement. Crochet se relève. Lentement, il s’éloigne.

L’homme se vêtit puis s’installe dans un fauteuil et s’évanouit dans l’ombre. Elle met un temps infini à s’éveiller. Un temps infini qu’il passe à l’observer. A rejeter cette envie bestiale de la posséder. Enfin, Wendy se redresse. Partir. Elle ose vouloir partir. Petite sotte. Quand il apparaît, elle lui crache son venin. Elle beugle. Elle rage. Enfin, elle chute. « Bonjour ». Telle une menace, la salutation claque dans la pièce silencieuse.

Crochet se lève puis se rue sur elle, sa main l’attrape à la gorge et il la plaque à nouveau sur le lit. « Tu es à moi ». Du regard, ils s’affrontent. « Je, déciderais quand tu mourras. Moi et moi seul. Ta vie est mienne, belle Wendy ». Son crochet est rejeté. Dans le dos, le forban refuse de s’en servir. Pas contre elle. Ses doigts glissent sur la joue douce, tendre de la belle. L’homme se redresse et se recule de quelques pas, laissant un peu d’air à la captive.

Il fait quelques pas, esquisse un mouvement de réflexion en s’effleurant le menton de la pointe de son crochet. « Maintenant déshabille-toi. Nous allons faire l’amour ». Son regard se porte à nouveau sur elle. Affamé. Il meurt de faim.
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Wendy
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Conteuse d'aventure, Wendy envoie valser les bonnes manières. Wendy douce, Wendy libre. Dans le froid enneigé d'une auberge protectrice. On voit parfois ses pieds gantés de roses, des arabesques mouvantes. Conteuse lorsque les lumières s'éteignent, vendeuse d'imaginaire. © : Ultraviolence. Rosie Tupper
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MessageSujet: Re: Mine   Ven 12 Jan - 22:46


- Mine -

Stable sur ses pieds, elle semble revenir de l’au-delà, cette sphère féroce de spirituel, une aventure fabuleuse, mortuaire, ses prunelles geignent des martyrs frémissants, ses mains parviennent à s’attacher aux abords du matelas. Dans la pièce, l’odeur suinte une masculinité effrayante, elle exècre cette saveur de mâle dominant, elle lui rappelle l’arbre qu’elle a quitté, qu’elle a fuit pour parvenir à se chercher. Mais l’enfant ne se trouve pas, encore perdue dans les immondices d’une culpabilité destructrice. Ce suicide, ce spectacle évanescent, nébuleux des ravages gisants, elle l’a approché timidement, doucement elle a tenté des expériences, car elle se persuade que la mort poserait sa main squelettique, salvatrice pour la fragile.
Quand la main se serre sur son cou étranglé, Wendy ferme ses paupières.
« Vas-y tue moi. »
Le calme majestueux grésille dans sa gorge de lait, stoïque jeune fille songeant à l’avenir néant, ce noir intense, clarobscuro, l’ombre infernale avalant les victimes. De cette rencontre elle ne l’entrapercevait pas, elle la craignait, le soir, dans son lit, imaginant les dérives de ce diable tentateur. En fleur bleue sensible elle s’inventait des moments gracieux, des paroles tendres. Un baiser d’amour, chaste.
Le rire percute les murs, il frise la folie, une hystérie hideuse, l’effroi et le calvaire mélangé, le doute et l’hallucination étatique. L’enfant sent sur ses joues des rosées matinales les douleurs métamorphosées en larmes salées. Elle ne veut pas s’avouer qu’au plus profond de son cœur déjà amoché les paroles de ce pirate voleur la blesse passionnément. Elle désire écrabouiller sa tête, le griffer au sang s’écoulant de sa barbe jusqu’au torse gable, le mordre aussi jusqu’à s’enfuir encore, loin, très loin de ce danger qu’elle ressent, phénoménal. Sa voix tremble, ses gestes entiers, ses jambes se figent. Non. Non. Elle n’appartient à personne, elle ne s’appartient même pas à elle-même ! Peter. Peter. Lui aussi tentait de la maintenir dans l’état de l’esclavage ahurissant d’une condamnée d’une image, d’une représentation. Enchaînée, ses poignets gardent le transfert de cette violence inhumaine. Tu lui ressembles Crochet. Tu es comme lui. Comme Peter. Tu possèdes sans jamais demander.
« C’est une blague James ? »
L’appeler James c’est essayer de lui transmettre sa part de bonté. Elle s’emporte, tranchante, sculptant les mots poignard.
« Tu ne me posséderas jamais. Tu entends ? Je n’appartiens à aucun homme. Mon corps également. De ce que tu vois. De ce que tu désires. Je ne te le donnerai jamais. »
La Colère se prosterne devant Tristesse, dans une ronde enfiévrée, elles dansent royalement, bouillonnent noblement, dans ses veines encore baignées de rouge, elle aperçoit sa repentance. Si mademoiselle ne peut franchir la porte guidant à la liberté alors elle s’évanouira, espérant que la lassitude transporte Capitaine vers des avenirs plus farouches. Les doigts de l’homme viennent embrasser sa peau satinée, un effleurement qu’elle goute dans la sensibilité d’un amour muselé. Elle le repousse, faible, incapable de s’éloigner. Elle aimerait dormir pour ne jamais s’éveiller, laisser les problèmes, ces pensées sataniques dans le lointain.
« Je n’ai aucune envie de faire l’amour avec toi. Je ne veux pas faire l’amour tout court. Ni maintenant. Ni jamais. »
Elle pourrait rire, éclater d’une joie entremêlée de terreur, l’instant paraît absurde, abrégé de sérieux. Pourtant elle sait qu’il est sérieux, qu’en lui tremble une débauche infâme, une faim pour son temple charnel. Elle sait qu’il ne la laissera pas, qu’il prendra de force. Car elle n’est que ça, une poupée, un pantin pour les plaisirs de ces hommes égoïstes, sans empathie pour la féminine sanglotant dans un coin éloigné du lit des horreurs.
« Je t’en prie James. Laisse-moi. Repose moi là-bas, dans l’auberge des glaces. Je veux rentrer chez moi. »
Pauvre frissonnante, exténuée.  



Dernière édition par Wendy le Sam 13 Jan - 21:13, édité 1 fois
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Le Capitaine Crochet
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MessageSujet: Re: Mine   Sam 13 Jan - 18:21

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Elle ferme les paupières. Proie docile pour une Mort sournoise. Les doigts de Crochet enserrent son cou tendre, pâle. Il lui suffirait d’une pression légèrement plus forte. D’un brin de force supplémentaire. L’air cesserait alors d’alimenter ce corps fragile et peu à peu, son visage se teinterait de lueurs bleutées. Durant une seconde, le Capitaine envisage la possibilité. Lui offrir ce trépas qu’elle désire tant. Wendy l’appelle avec tant d’insistance. Elle la désire tant. Crochet aimerait être celui qui la lui offrirait. Pourtant, l’instant se meurt. La possibilité devient risible. Wendy ne peut mourir. Elle est à lui et il n’aurait que faire d’un cadavre de plus.

Son regard pétille, incendie. Elle aussi, sous ses airs de jouvencelle intouchable, est consumée par la colère. Celle-ci la grignote par petits morceaux. Entame sa langue et la délie par la même occasion. L’idiote. Le pirate la foudroie. James. Un prénom que sa bouche, aussi délicate soit-elle, n’a pas le droit de prononcer. Alors, il exige. Il la veut nue. Il veut la prendre, là, dans ce lit. Mais elle refuse. Elle réfute l’idée même de se donner à lui. Sa candeur suinte de chacune des syllabes qui déferlent d’entre ses lèvres. Un sourire sadique. Un rire lointain. Elle croit avoir le choix. Stupide petite fille égarée. « A l’Arbre au Pendu, ma jolie, tu n’es plus ».  

Elle se leurre, se berce d’illusions. Naïve, elle pense avoir un droit. N’importe quel droit. C’est faux, totalement faux. De droits, elle ne dispose plus. « Si ce n’est que l’envie qu’il te manque, je saurai l’attiser ». Son regard se pose sur Wendy, ses pas l’approchent à nouveau de la belle. Crochet penche la tête, scrute sa proie avec délice. Et la voilà suppliante. La voilà mièvre et tendre. Le pirate secoue le menton. « Mais tu es déjà chez toi ». D’un geste de la main, c’est sa prison qu’il désigne. Le forban exulte. Du bout des doigts, il ouvre à nouveau sa chemise. Son corps se dévoile au regard de la belle tandis qu’il la dévisage cruellement. « Ne suis-je pas assez beau pour toi ? ».

Sa question est rhétorique. Crochet se sait beau. Crochet s’aime. Et pourtant, à l’instant où ces paroles déferlent, son visage se tord. Ses gestes se stoppent.  Sa chemise reste à moitié défaite, ouverte sur un torse livide. « Mais bien sûr ... ». L’homme s’empourpre. « Ce n’est pas moi que tu veux ». Un serpent s’entortille dans son ventre. La haine. Viscérale. « C’est lui que tu désires ». Lui. Inutile de le définir. Lui. Le monstrueux. Lui. L’immature.

Brutalement, elle explose. Sa colère déferle. L’homme disparait, le monstre surgit. Le crochet s’abat. Pourfend, arrache, déchire. Bientôt, il ne reste plus que des lambeaux du mobilier. La mousse d’un fauteuil éventré git aux pieds de Wendy. Le regard fou du pirate se tourne alors vers elle. « Dis-le ». D’un bond, il est sur elle. Sa main agrippant le cou de la belle, son crochet griffant le parquet. « Dis-le ! ». Il hurle. Il rugit comme jamais. Il y a pire que la mort. Bien pire. Et le monstre saura le lui faire découvrir.

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Wendy
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MessageSujet: Re: Mine   Sam 13 Jan - 21:12


- Mine -

Les hurlements défilent, une mélopée sanglante, une épopée désespoir, une mélancolie affligeante. Une haine précoce, une déferlante de violence. Elle se maîtrise difficilement quand elle songe à le frapper de toutes les faibles forces de son dénigrement. Elle respire, les poumons saccadés par les jugements frénétiques, l’insécurité palpable. Le couperet tombe, déchire la plaie vivace de son âme tandis qu’elle se reste prostrée, figée, médusée devant la carrure du capitaine intransigeant. Non elle n’est pas chez elle ici, elle ne sera jamais chez elle alors. Mais Wendy ne l’accepte pas, elle espère un avenir heureux, du moins joyeux, des sourires accrochés peut-être sur ses lippes vermeilles. Elle refuse, secoue la tête, son front masqué par les quelques mèches rebelles, ses joues mangées par l’ombre de la soirée violacée.
« Ça fait longtemps que je n’habite plus à l’arbre aux pendus. D’ailleurs l’arbre aux pendus était une prison. »
Une geôle de lassitude, une cage de cristal, d’esclavage. Wendy tranchait son être pour l’offrir aux indigents, à ses enfants perdus. Elle ouvrait ses bras pour les âmes désenchantées, chantonnait chaque soir berceuses et mélodies, racontait chaque après midi des rigoles d’histoires pour admirer les timides mimiques extasiées par les aventures et les miracles se perpétuant en héritage dans la gorge de maman. Un jour, elle est partie. Profitant du moment d’endormissement de ces gamins qu’elle abandonnait. Une promesse sculptée dans la paume de sa main droite, elle n’y retournera plus, ne le reverra plus.
« Ici, c’est tout sauf chez moi. Tu m’as emmené dans une tombe. Alors autant crever tout de suite Crochet. »
Les mots s’encochent, se tissent dans une litanie colérique. La sage ne domine plus ses mélanges de sentiments, la Tristesse embrasse Courroux sur le parvis d’une Eglise gluante d’inachevés transitions, d’actes manqués. Elle observe une porte de sortie, tente de trouver une échappatoire, elle n’a, comme vision que le corps du monstre, d’un futur bourreau narcissique. Wendy s’assied sur le lit brinquebalant. Ses genoux ramenés contre son menton, ses boucles dorées voilant son visage angélique. Elle ne le regarde pas quand il pose la question absurde de sa beauté. Vanité masculine désirant l’Adoration féminine. De certains livres en pile dans sa chambre opaline, des ouvrages féministes, dévorant les phrases de certaines autrices, se régalant des discours encourageant pour l’indépendance des poupées. Oui mais quand on existe dans un monde sans temps, sans mort ? Quand l’éternité s’assemble en lambeau ? Quand les monstres obtiennent, par la force, les rêves malsains de leur esprit ?
Elle semble perdue dans le labyrinthe de ses pensées, des fils d’Ariane entrecoupés de souvenirs, des mémoires fragiles, vagissant en fumée égarée. Elle sursaute lorsque James massacre les babioles et objets divers. Un tremblement de rage plutôt que de colère, une haine s’enlace dans les mains du pirate qui tailladent le cou frêle de la colombine. Le souffle s’éteint lentement mais les mots cognent dans l’esprit. Elle ne peut s’empêcher de lancer une grimace d’ironie.
« Dire quoi ? Tu ne te documentes pas, tu ne t’intéresses pas aux rumeurs galopant sur toutes les lèvres de Fable ? La fille qui s’est enfuie de l’arbre aux pendues. Elle a crevé le cœur de Peter Pan. C’est moi. Je suis partie. Je l’aimais mais j’ai été détruite par lui. J’ai été stupide. Je ne veux plus d’homme dans ma vie. Je préfère vivre seule, isolée, à l’écart, être vue comme une pestiférée. Ca m’est égal du moment qu’on me foute la paix ! »
Elle siffle ses paroles dans la respiration chuintante d’une agonisante, une victime épouse de la faux. Mais le geste s’évanouit, Wendy retrouve goulument l’oxygène dans son thorax. Elle tousse. Puis se relève, courageuse luciole, téméraire enfant.
« Tu sais que si tu m’enfermes comme lui tu ne seras pas mieux que lui. Que tu n’obtiendras rien de moi seulement une illusion, un artefact. Un simulacre d’amour ou de je ne sais quoi. »  


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MessageSujet: Re: Mine   Dim 14 Jan - 23:10

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Elle réfute. Elle rejette l’Arbre au Pendu. Elle rejette tout, la belle Wendy. La vie elle-même ne la satisfait plus. Eternelle insatisfaite. Braillarde. Capricieuse fillette emmurée dans un corps de femme. « Cesse tes jérémiades ». Sa main se lève dans les airs. Il n’en peut plus de l’entendre scander la mort. De l’entendre se plaindre et pester. Infernale insoumise. Le Pirate réalise. Il perd pied, explose, détruit toute la pièce du bout de son crochet. Alors, ses doigts vinrent enserrer le cou de la belle. Ils glissent sur sa peau douce et chaude. Ils coupent cet air si précieux et pourtant si insignifiant aux yeux de la condamnée. A nouveau, elle peste. Crochet hurle.

« Menteuse ! ». Son visage à quelques centimètres de celui de la gamine. Elle ment. Sa langue dessine des mensonges, encore et encore. Elle prétend vouloir vivre. C’est faux. L’idiote ne fait qu’attenter à ses jours. Elle prétend ne plus aimer Peter. C’est faux. Pourtant, Crochet lui concède un point. Elle est stupide. Stupide et misérable petite ignorante. Ses mots déferlent. Quelque part derrière ce cri perpétuel, Crochet décèle quelque chose. Son visage se voile. Il recule. Elle se relève.

« Mieux que lui ? ». Un rire. Mieux que cet être inconsistant, inutile, abject ? Crochet secoue la tête. Wendy n’est qu’une enfant capricieuse. Une princesse incapable d’ouvrir les yeux sur son royaume. Son intérêt, elle ne le mérite pas. Cette beauté, elle ne la mérite pas. Elle ne mérite rien. Rien que la laideur, la solitude et la sécheresse. Les yeux du forban se lèvent sur elle et il la dévisage. C’est le dégoût qui se lit sur ses traits. Le dégoût d’une femme désirable devenue harpie. D’une beauté divine devenue laideron. « Je ne veux pas de toi. Je n’en veux plus ». D’un geste de la main, c’est la porte qu’il désigne. « Adieu ».

Il se détourne. Elle a cessé d’exister à ses yeux. Rien ne l’intéressera jamais. Rien ne lui rendra le goût de vivre. Rien sauf la Mort. Alors qu’elle aille. Qu’elle aille goûter aux délices d’une mort alléchante. Qu’elle s’enlise dans les tréfonds d’un décès prématuré. Qu’elle aille. Qu’elle y aille et qu’elle y reste. « Tu n’es qu’une sorcière Wendy Darling. Une sorcière déguisée en honnête jeune femme ». Le sort qu’elle semblait lui avoir jeté a enfin cessé de fonctionner. Car aujourd’hui, il le voit. Jamais il ne lui suffira. Jamais elle ne l’aimera. Jamais. « Si ce que tu espères c’est voir le Capitaine Crochet ramper aux chevilles d’une petite sotte ... ». Il se tourne vers elle. La dévisage avec férocité. « Alors crève, pauvre idiote ».
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Wendy
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MessageSujet: Re: Mine   Lun 15 Jan - 22:42


- Mine -

Lessivée Wendy. Fatiguée Wendy. Exténuée.
La femme-enfant observe le désastre, la pièce s’éjecte en mélopée de souffrance, les objets écrasés, déchirés, les morceaux de bois ou de porcelaines ornent l’antique parquet du navire flottant sur une mer déchirée. Elle pourrait sentir sur sa langue l’écume des vagues amères, elle sent surtout le cœur affolé du capitaine chavirer dans un abysse obscur, tourmentée dans la jalousie et la douleur du rejet. Mais Wendy fulmine, détruit les autres car elle ne connait que la violence tapie dans son myocarde suintant, cognant dans une cage de poumon maladifs. Elle s’assoit. Respire. Ferme ses paupières encore cadavériques. Il lui a répondu par le baiser de la haine, ce qu’elle espérait peut-être, inconsciemment, pour attiser la démoniaque vergeture du dénigrement d’elle-même. Les paroles qu’il lui lance, courroucé pirate, l’atteignent dans le ventre, partout en elle, dévastée, pillée par ces paroles masculines, dominatrices.
Les larmes coulent, glissent, roulent, chutent. Le visage inondé de larme, l’enfant ne possède plus de dignité ni de fierté ni d’envie de s’enfuir ou de s’exprimer. Elle a vidé l’emphase de la négation aujourd’hui. Elle ne parait plus capable de jeter les poignards de mot chez le Capitaine. Elle l’observe, le contemple plutôt, discrètement. Ses agates vont et viennent entre la lucarne métamorphosant le paysage aquatique, une lune sur l’eau mobile, un scintillement de lumière argentine. Le désir de s’emmitoufler dans une passion pour le dessin, l’aquarelle versant ses gouttes, créant ses chemins de pluie sur la feuille virginale recueillant les peines de ses créatrices. Lui s’est de nouveau assis sur le fauteuil en cuir. Elle aimerait s’approcher, pour lui serrer la main, un contact enfiévré de caresse opaline, de compassion larmoyante. Ce qu’elle voit, c’est elle dans les iris monstrueusement tristes de l’empereur des océans.
« Je ne sais pas mentir. Je n’ai jamais su. »
Sonnant comme un reproche.
« Oui, tu as peut-être raison. Je ne possède rien pour moi. Je ne cesse de fuir car ça m’arrange finalement, parce que je n’assume pas. Je n’assume rien. Mais j’essaie même si, quelques fois les pulsions de morts sont plus fortes. Te souviens-tu, lorsque tu as failli tuer Peter ? C’est moi qui t’en ai empêché. Pas par amour ou égoïsme, simplement que si tu le tuais, alors tu te tuais toi-même. Tu es son antithèse comme il est ta thèse. L’un ne va pas sans l’autre. »
Wendy délie les paroles, les vérités s’avancent sur l’échiquier de la tension tendue sur le fil du danger. Elle a déjà oublié les coups dans l’âme, elle réfléchit à voix haute, partage ses questionnements implicites, là, agenouillée sur le matelas, un lit de fortune exhibant l’aventure. L’aventure des regrets qu’elle ne vivra jamais. Ça la tue, l’éparpille en déflagration, la transforme en tissu déchiqueté, en soie névrosée. Elle recommence. A pleurer. A geindre. Alors elle laisse s’exprimer la Honte et la Culpabilité emmêlés. Dans une armoire de chêne charbon elle voit les robes légères, fleuries, de dentelles et de cæruleum, d’or et de bronze, des étoffes amoureuses des épidermes lisses de jeunes oies effarouchées. Elle ne demande pas la permission d’en voler une, sauvage femme souhaitant garder contenance, ses vêtements mouillés portant l’effluve de la tentative faucheuse.
Elle se déshabille. Les tissus tombent dans le bruit de la sensualité platonique. Les bras enfilent les manches évasées, la taille épouse la robe d’été. Elle dresse ses cheveux en tresse cascadant sur ses reins effilés.
Et elle le voit. Et elle l’entend.
Doucement, elle l’embrasse sur la joue. Une chasteté marbrée d’empathie.
« Merci de me ramener chez moi. Je… J’ai peur ici. J’ai peur des hommes. J’ai peur de tout. »
Elle crie en silence, la reine des gosses perdus, la souveraine d’un passé lointain, instable lambeau se désintégrant au loin. Elle entend les hurlements de ces victimes féminines, de ces biches domestiquées dans le harem des prisonnières captives, réduite à un corps, une enveloppe charnelle, un rôle de beauté stellaire.
Wendy calmée. Wendy assagie. Obstinée.    


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Le Capitaine Crochet
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MessageSujet: Re: Mine   Sam 20 Jan - 18:35

I’ll be coming home just to be alone
Three Days Grace → Home •••
Usé, elle l’a usé. Crochet est las de ses jérémiades, de ses révoltes illusoires. Le pirate s’en détourne. Il l’abandonne à ses lubies adolescentes. Et voilà que son visage poupon se colore de larmes, défiguré par ces fines lignes blanchâtres qui roulent sur ses joues. Elle pleure. Tant mieux. Tant pis. L’homme a cessé de l’écouter. Pourtant, quand sa voix retentit, il l’écoute. De loin, en feignant de n’y prêter aucune attention. Ses mots voguent jusqu’à lui. Ses mensonges si joliment enrobés. Crochet ne la croit pas un seul instant. Elle ment et pourtant ...

Son crochet grince. Elle continue, l’éhontée. Ses lèvres prononcent ce nom qu’il déteste tant. Pire, elle les compare. Elle les rassemble. Le forban grogne. « Assez ». Sa paume se lève, il n’en peut plus de ses discours puérils. Et la voilà qui pleure, à nouveau. Où est-elle l’effigie féministe ? Où est-elle la présumée guerrière qu’elle voudrait être, la belle Wendy ? Voilà qu’il ne reste qu’une fillette tremblante et pleurnicharde. Soudain, les bruits de tissu. La curiosité, malsaine et dévorante, s’immisce dans son esprit. Il tourne imperceptiblement la tête, à peine assez pour apercevoir la courbe d’un sein, surmonté d’un téton rose pâle, rapidement voilé sous une dentelle salvatrice. Crochet cesse alors de grogner.

Un baiser vient claquer sur sa joue. De quel droit ? Son regard se tourne vers elle. Il voudrait la dévisager, la défigurer du bout de son crochet. Mais elle est belle, trop belle. Beaucoup trop pour qu’il n’entache cette beauté si précieuse. L’esthète est victime de son sens exacerbé du beau, du fin, de l’élégant. Le voilà bien incapable de détruire une œuvre aussi alléchante. Wendy, enivrée de naïveté comme à son habitude, le remercie. Alors, l’homme se lève. Il s’approche si près de la jeune fille qu’il doit baisser la tête pour la regarder. Ses doigts glissent sous le menton de Wendy, lui relèvent le visage.

Leurs lèvres se trouvent, la bouche du pirate dévore celle de l’épargnée. Tout en sauvagerie teintée de maîtrise. A nouveau, il se contient, mêle plaisir virulent et douceur inestimable. Enfin, Crochet se recule et observe la belle. Le baiser n’a duré qu’un instant mais il s’en est délecté. Le voilà possesseur d’un bien dont elle ne saura le déplumer. « Maintenant, tu peux rentrer ».

Car il a enfin compris. Wendy est l’insaisissable. Il se complait dans sa traque, dans sa poursuite infinie. Si elle lui tombe entre les mains, elle n’a plus la même saveur. Crochet n’est pas prêt, pas encore. Ce jeu malsain, il en redemande. Il veut le faire perdurer encore. La jeune fille doit s’en aller, doit retourner vivre une vie dont elle ne veut pas. Le pirate la retrouvera encore, l’arrachera encore à ses volontés opposées et la retiendra captive le temps de se lasser d’elle. Ensuite, il la libèrera à nouveau. Et le cercle se poursuivra. Jusqu’au jour où enfin, le forban cèdera. Jusqu’à ce qu’il se lasse de courir, de traquer, de relâcher. Et ce jour-là, elle sera pleinement sienne.
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Wendy
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Conteuse d'aventure, Wendy envoie valser les bonnes manières. Wendy douce, Wendy libre. Dans le froid enneigé d'une auberge protectrice. On voit parfois ses pieds gantés de roses, des arabesques mouvantes. Conteuse lorsque les lumières s'éteignent, vendeuse d'imaginaire. © : Ultraviolence. Rosie Tupper
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MessageSujet: Re: Mine   Ven 26 Jan - 10:39


- Mine -

Il grogne, dans sa voix rauque, une mélancolie, une colère de brise d’un climat onirique. Elle sait qu’il y a la bonté dans le cœur du forban, bien là, battant à minuit, là où l’heure devient empyrée. Elle cherche la gentillesse de celui mâture, l’adulte irresponsable, ce qu’elle voit, la haine dans les veines pulse.
Elle l’embrasse, douceur des lippes égarées sur la broussaille des joues. Impulsion de la naïveté, des rêves, des espoirs. Il enlève la solitude, il enlève la détresse, la déprime, le ciel de son esprit se lève, s’ensoleille soudain, un moment cassé par le second baiser. Les lèvres se touchent, lentement, timidement. Puis elles décollent, offrent une sensation phénoménale d’ardeur, une pointe d’aridité sur le fruit des sentiments magnifiés. Elle refuse mais ne s’écarte pas, pétrifiée par le mouvement passionné.
Wendy se veut féministe, une femme épanouie, n’ayant besoin que de passion, la danse, la musique, la création. Mais elle désire être choyée, en prise avec les traditions machistes de sa naissance. Te souviens-tu ? Le père, la mère, les frères. Cette prison maison, ces lois engendrant les oies blanches. Non surtout pas tu n’écriras ! Conteuse d’histoire, mais quelle idiotie dans la tête d’une fille. Tu seras mère, épouse. Deux mots gravés sur le bras. Tu n’es rien qu’une femme Wendy.
Une enfant. Incapable.
Elle tombe, encore une fois, bousculée par la mer, chavire sur des récifs de tourment, sur un radeau des méduses où ses pensées s’affligent, se cognent aux autres, éclatent en sanglot. Elle retient ses larmes au fond de ses paupières. Lui, elle ne l’observe plus, les mots ne sortent plus. Elle a perdu sa force.
Quand le bateau lui ouvre ses portes pour s’enfuir, elle ne tourne pas la tête, trop fragile dans ses convictions. Les doutes pernicieux enfoncent le glaive de la négligence, de sa propre déchirure. Elle seule gratte le papier peint de son habitation intérieure.        


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